Les doshas à la loupe

Lorsque nous pratiquons du yoga et que nous nous plongeons dans des lectures sur le sujet, nous sommes souvent amenés à rencontrer les concepts d’Ayurveda et de doshas, mais à quoi renvoient-ils précisément ? Sont-ce des concepts typiquement orientaux difficilement applicables à la vie d’un Occidental ou peuvent-ils avoir un écho, voire une influence, dans notre vie quotidienne ? En quoi connaître notre dosha dominant peut-il nous aider à gérer notre stress ? C’est à ces questions que cet article va tenter de répondre[1]

 

Contextualisation : le stress vu par l’Ayurveda

L’Ayurveda est une science proche du yoga car c’est un système de santé qui intègre de la physiologie basique, des tempéraments émotionnels, des perspectives spirituelles et qui présente ces 3 éléments dans le contexte plus global de l’univers. Pour lui attribuer une datation, il faut remonter 5 000 ans en arrière avec les Vedas, des anciens textes sanskrits, où la théorie ayurvédique prend en considération presque chaque situation de stress, en commençant par les changements de saison et de planète qui affectent notre bien-être avec la naissance d’impuretés corporelles subtiles qui peuvent engendrer une maladie. Ces situations de stress influencent nos schémas de pensée et nos tendances physiques, jusqu’à aboutir à un obstacle ou une voie sans issue, tout dépend de la façon dont nous nous connaissons nous-mêmes. Comprendre un tel système holistique peut paraître intimidant pour quelqu’un qui ne s’est jamais lancé dans ce type d’étude, mais c’est un moyen de gérer le stress. Les concepts ayurvédiques peuvent être résumés en une idée basique : suivez la trace des racines du stress, ensuite trouvez les moyens durables pour changer les dispositions qui en sont la cause.

Habituellement, nous parlons de stress en termes de situations que nous trouvons stressantes (embouteillages, échéances à respecter, licenciement), mais l’Ayurveda soutient que le stress naît dans notre esprit. Selon lui, le stress est fondamentalement un désordre de rajas, qui représente la passion ou les activités dans cette direction. C’est une des 3 qualités universelles ou gunas (les 2 autres sont sattva, ou pureté, et tamas, ou inertie). Selon les textes ayurvédiques, trop de rajas se manifeste à l’esprit avec de l’attachement, des envies irrésistibles et des désirs (par leur nature, ces impulsions ne peuvent pas être satisfaites et donc créent une disposition psychologique négative).

Tandis que les personnes trop stressées peuvent avoir en commun un excès de rajas, la façon dont elles répondent aux situations stressantes dépend de leur constitution individuelle corps-esprit. C’est ici qu’apparaît le fameux concept des doshas. Chacun de ces principes ayurvédiques (vata – l’air, pitta – le feu, kapha – la terre) existe en chacun de nous à travers des degrés variés, avec habituellement un, parfois deux et, dans de rares cas, trois doshas prédominants pour former notre constitution. Notre dosha prédominant détermine qui nous sommes, à quoi nous ressemblons et comment nous pensons ; il a une grande influence dans notre vie, depuis nos choix de carrière, notre nourriture favorite et le style de yoga que nous préférons. Pour bien nous comprendre nous-mêmes, il est crucial d’identifier notre constitution inhérente et les doshas dominants chez nous. Cependant, pour gérer notre stress, notre déséquilibre doshique peut être encore plus révélateur. En d’autres termes, ce n’est pas tellement quel dosha forme notre constitution, mais plutôt celui qui est déséquilibré qui va nous indiquer la source du stress.

 

Les doshas : définition et fonctionnement

Les doshas sont des termes ayurvédiques qui désignent aussi bien les caractéristiques archétypales du corps que leur tendance à des forces, faiblesses et déséquilibres spécifiques. Les doshas renvoient donc à notre constitution physique et mentale qui est unique et qui influence notre bien-être personnel. Chaque personne a un dosha dominant ou une combinaison de 2 ou 3 de ces forces élémentaires. Connaître les nôtres peut nous aider à maintenir un équilibre à travers les changements de saisons, pour une santé durable et la paix de l’esprit.

Les 3 doshasvata, pitta et kapha – sont des fondements. Ils ne peuvent être vus avec des yeux, mais leurs effets sur le corps ne peuvent être manqués. Pensés pour être un condensé de plusieurs combinaisons différentes des 5 éléments universels – terre, eau, feu, air et éther –, les doshas sont les énergies de la vie derrière lesquelles on retrouve toutes les fonctions du corps. Chacun d’entre eux commande une force spécifique dans le corps et chacun est associé à certaines qualités sensorielles.

« Dosha » est un mot sanskrit qui signifie « faute », « défaut » ou « qui assombrit ». Il vient de la racine « dush », signifiant « devenir corrompu ou mauvais ; pécher ». Un texte classique de l’Ayurveda, le Charaka Samhita, l’emploie principalement pour désigner un excès capable de causer la maladie. Pourquoi toute cette négativité, me demanderez-vous ? Même si les doshas sont certainement essentiels à notre simple existence, si l’un d’entre eux augmente au-delà de la normale pour notre constitution particulière, nous sommes en déséquilibre.

Mais si « dosha » n’est pas exactement le mot que nous devrions utiliser pour indiquer la constitution ayurvédique, qu’est-ce que c’est ? Revenons à un terme que vous connaissez probablement : la « prakriti », qui signifie « nature » et ne se réfère pas uniquement à l’univers naturel, mais aussi à la nature d’une personne – à cette constellation de qualités dont une personne est dotée. Selon l’Ayurveda, chacun de nous possède depuis sa naissance un pourcentage unique de vata, pitta et kapha. Notre prakriti est notre projet biologique permanent, un instantané de nos doshas combinés depuis notre premier moment d’existence. Notre prakriti est le modèle de notre état d’équilibre original et donc, personnellement idéal.

Même si une âme peut être née avec les parfaites proportions tridoshiques (33% pour chaque dosha), la plupart d’entre nous avons une prakriti dominée par un ou deux doshas. On peut dire qu’une personne a une prakriti vata si sa constitution est formée principalement de vata. Si une personne a une prakriti répartie en 50% pitta, 40% vata et 10% kapha, elle est pitta-vata.

Cependant, quelle que soit notre prakriti, l’influence des doshas fluctue, affectée par chaque stimulus qui engage nos sens. Selon le texte Charaka Samhita, quand notre expérience sensorielle provoque une accumulation des doshas en nous, le résultat est notre vrikriti, qui signifie « équilibre manifeste ». Le déséquilibre doshique peut conduire à une myriade de maladies, dont le sérieux est déterminé par le type de dosha en excès, déterminant le type de tissu corporel affecté et la durée de la maladie.

Nous pouvons donc voir que connaître notre constitution doshique peut nous aider à mieux nous connaître, mais aussi à identifier un déséquilibre éventuel afin de pouvoir y remédier, ce qui est un gage de diminution du stress, des maladies et d’augmentation du bien-être.

 

Petit test

Le test qui suit va vous aider à déterminer quels doshas sont dominants chez vous, affectant votre santé et votre bien-être. Cette connaissance vous permettra de suivre les recommandations spécifiques pour équilibrer votre santé en fonction de vos besoins spécifiques. Une précaution oratoire s’impose toutefois : prenez ce test pour ce qu’il est, à savoir un exercice qui va vous indiquer une tendance probable. Il est bien entendu plus sûr de consulter un praticien ayurvédique pour vous aider à déterminer la répartition des doshas chez vous. En d’autres termes, ce test vous propose d’essayer une tenue à trois tailles différentes, le praticien ayurvédique, lui, vous proposera un vêtement sur mesure. Il s’agit donc là de 2 démarches différentes…

Répondez par oui ou non aux questions suivantes, quand elles sonnent juste pour vous.

 

Série 1

  • J’ai toujours été mince et dégingandé.
  • Je perds facilement du poids et j’éprouve des difficultés à en gagner.
  • Je préfère un climat chaud et je n’aime pas le vent et le froid.
  • Mes cheveux ont tendance à être bouclés et secs.
  • Ma peau tend à être sèche et rugueuse.
  • Quand je suis stressé, je deviens anxieux et/ ou craintif.

 

Série 2

  • J’ai une carrure et une ossature moyennes.
  • J’aime les compétitions et les défis physiques et intellectuels.
  • Je préfère un climat frais plutôt que chaud.
  • Je n’aime pas la chaleur, surtout quand elle est humide, car elle me fatigue facilement.
  • J’ai un esprit vif et agressif.
  • Ma digestion et mon appétit sont solides et je suis irritable quand j’ai faim.
  • Quand je suis stressé, je deviens facilement frustré, impatient ou colérique.

 

Série 3

  • J’ai une constitution robuste et une large ossature.
  • Je suis toujours légèrement en surpoids.
  • Je prends facilement du poids et j’en perds difficilement.
  • Les sécrétions de mes muqueuses ont tendance à être abondantes.
  • Mes cheveux sont épais et brillants.
  • Mon énergie et mon endurance sont en accord.
  • Quand je suis stressé, je deviens renfermé, démotivé et résistant au changement.

Si vous avez répondu oui à 3 affirmations ou plus de la série 1, vous avez une constitution principalement vata. Les personnes de ce type sont connectées à l’air et l’espace. Elles sont semblables au vent : sèches, fraîches, capables de rapidité, de mouvements et pensées imprévisibles.

Si vous avez répondu oui à 3 affirmations ou plus de la série 2, vous avez une constitution principalement pitta. Les personnes de ce type sont alignées au feu, influencées par l’air. Elles agissent avec une intense détermination.

Si vous avez répondu oui à 3 affirmations ou plus de la série 3, vous avez une constitution principalement kapha. Les personnes de ce type sont une combinaison de la terre et de l’eau. Elles bougent lentement et gracieusement et ont tendance à être à la fois stables et loyales.

Si vos réponses sont divisées entre 2 ou 3 des séries, vous êtes bi- ou tri-doshique.

 

Les 3 doshas à la loupe

  • Vata

Les signes de son équilibre

Grande créativité, pensées rapides.

 

Les signes de son déséquilibre

Tendance à la distraction, anxiété, inquiétude, perte de poids, bruxisme (grincer des dents), insomnie, constipation, ballonnements et douleurs à l’estomac.

 

L’alimentation appropriée

Les personnes vata ont besoin d’une nourriture qui calme leur tendance à l’anxiété et l’hyperactivité. Les aliments consistants, cuits et servis chauds sont les plus apaisants. Des produits laitiers, sucrés, des aliments cuits ou servis avec des matières grasses pacifient vata, mais aussi des légumes cuits à la vapeur ou avec un filet d’huile d’olive. Le riz et le blé sont d’excellentes céréales pour les types vata. Les jus de fruits et de légumes, les légumes consistants (comme les avocats et les bananes), le risotto, les légumes aigres-doux, une tarte aux fruits rouges avec de la crème fouettée aident à pacifier vata. Éviter les aliments chauds et épicés, la nourriture crue comme les salades et la nourriture sèche contenant de l’air comme le popcorn. Les personnes vata peuvent cuisiner sainement avec plus de sel que les types pittas et kaphas.

Les herbes et senteurs qui guérissent : gingembre, cannelle, cardamome.

 

Le type de yoga recommandé

Une pratique lente et méditative, incluant tâdâsana, vrkâsana (l’arbre), balâsana (posture de l’enfant) et halâsana (la charrue) ; concentration sur la respiration ujjâyî pour asseoir l’esprit.

Autres conseils : ajouter de la musique douce ou une méditation guidée à votre pratique de méditation, un massage à l’huile chaude du corps avant de prendre sa douche, un massage de la plante des pieds avant d’aller au lit.

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  • Pitta

Les signes de son équilibre

Concentration ; détermination ; sentiment d’être orienté vers un but ; vigilance naturelle, intelligente et constante.

 

Les signes de son déséquilibre

Accès de colère et irritabilité, emportement, jugements négatifs, ulcère, migraine, peau enflammée, pieds et mains brûlants.

 

L’alimentation appropriée

Les personnes pitta sont fougueuses et ont besoin d’être refroidies pour être calmées. Elles ont besoin de nourriture servie à température froide (comme des concombres, du melon, des dattes), mais pas de la glace qui inhibe la digestion. Les pittas se portent bien en réduisant les quantités de graisses, huiles et le sel. Les fruits sucrés complètement mûrs et tous les légumes excepté l’ail, les tomates, les radis et les piments pacifient pitta. Modérer les portions de produits laitiers est bon pour ces personnes. La coriandre et la menthe ont des effets apaisants. Les noix de coco, les grenades, les salades de légumes grillés et le riz au lait réduisent également pitta.

Les herbes et senteurs qui guérissent : jasmin, lavande et rose.

 

Le type de yoga

Du Hatha-yoga moyen, des vinyâsa doux et revigorants ou du yoga Iyengar ; inclure des torsions et des flexions vers l’avant assises comme baddha konâsana (le papillon), jânu sîrâsana (posture de la tête contre le genou) et paschimottânâsana (flexion vers l’avant).

Autre conseil : se calmer avec la respiration alternée (IN à gauche par le canal frais/ lunaire/ de l’eau, avec la narine droite refermée ; EX à droite par le canal chaud/ solaire/ du feu, avec la narine gauche obstruée).

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  • Kapha

Les signes de son équilibre

Loyal, ancré et patient, avec un sens inné de la stabilité et du contentement qui fait apparaître de la compassion et de la chaleur envers les autres.

 

Les signes de son déséquilibre

Entêtement, possessivité, léthargie, manque de motivation, propension à trop manger et à être résistant au changement.

 

L’alimentation appropriée

Le type kapha, froid et endormi, a besoin d’être stimulé et réchauffé. La nourriture légère, sèche et chaude réduit kapha. Il faut utiliser les quantités minimales de graisses et d’huiles, des aliments sucrés avec du miel, mais jamais cuits ou rôtis. Les céréales telles que l’orge, le sarrasin et le seigle sont les meilleures pour les types kapha, tout comme les fruits légers (comme les pommes et les canneberges). Le lait écrémé est bon, mais il faut minimiser les produits laitiers transformés. Les types kapha peuvent manger toutes les épices et les herbes, mais ont besoin d’être prudents avec le sel. Les potirons, les graines de tournesol et tous les haricots, sauf le soja, sont excellents.

Les herbes et senteurs qui guérissent : romarin et encens.

 

Le type de yoga

Produire de la chaleur avec des mouvements vigoureux, comme les salutations au soleil, les extensions et les inversions ; pratiquer les postures d’ouverture du thorax, comme dhanurâsana (l’arc) et ustrâsana (le chameau) ; les postures d’ouverture du cœur comme matsyâsana (le poisson) pour empêcher la dépression.

Autres conseils : les techniques de prânâyâma peuvent être utiles, comme les kapalabhati ou la respiration par narines alternées ; les chants peuvent aider à combattre la léthargie.

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Zoom sur l’alimentation

L’alimentation a une influence sur les doshas. Ceux-ci augmentent ou diminuent selon le principe « plus ça me plaît, plus j’en veux » et inversement. Si vous avez une prédominance de vata, vous aurez tendance à accumuler plus de vata. La nourriture qui diminue un dosha permet de le pacifier, celle qui l’augmente va l’aggraver. Vous avez donc deux possibilités : soit vous choisissez une nourriture qui va renforcer ou diminuer votre dosha prédominant (en fonction de son absence ou son excès), soit vous sélectionnez des aliments qui vont augmenter la présence des doshas en retrait chez vous, afin de rétablir l’équilibre.

Outre ce que nous mangeons, la façon dont notre corps assimile la nourriture est tout aussi importante. La nourriture est la substance par laquelle nous amenons l’intelligence de la nature dans notre corps. Les textes ayurvédiques comparent le processus de la digestion à une flamme qui brûle. Ce « feu digestif », communément appelé agni, « cuit » la nourriture de sorte que les nutriments peuvent être utilisés de manière optimale. Quand agni est fort, notre corps assimile complètement les nutriments et élimine ce dont il n’a pas besoin. À la fin, un fonctionnement complet du système digestif utilise la nourriture que nous mangeons pour produire ce qu’on appelle ojas, une substance fluide qui nourrit l’esprit et le corps, maintient l’équilibre de tous les systèmes corporels et emplit l’être entier d’un bonheur radieux. Évidemment, dit ainsi, cela paraît assez lyrique, mais je crois qu’il faut retenir simplement cette idée de bien-être à tous les niveaux.

Si le feu digestif est faible, la portion incomplètement digérée de repas forme une substance adhésive et toxique appelée ama. À l’opposé de l’ojas, l’ama bloque le flux de l’intelligence innée du corps. Il se dépose dans les zones du corps en déséquilibre, prenant plusieurs formes, comme des dépôts de calcium dans les articulations, des plaques dans les artères, des kystes et des tumeurs. Une bouche pâteuse, une mauvaise respiration, une paresse des sens, une dépression ou des pensées noires peuvent indiquer la présence d’ama.

Pour prévenir la formation d’ama, il est recommandé de boire beaucoup d’eau chaude ou à température ambiante, de ne pas manger trop tard le soir, de manger des repas fraîchement préparés avec des fruits et légumes de saison (éviter la nourriture génétiquement modifiée). Renforcer agni peut être fait en mangeant de la nourriture chaude et des épices, comme du gingembre et du poivre noir, ou une fine tranche de gingembre arrosée légèrement de jus de citron et de sel une demi-heure avant de manger un repas complet.

Enfin, c’est important de manger la nourriture que vous aimez ! L’Ayurveda explique qu’une nourriture qui vous met littéralement l’eau à la bouche va affecter la manière dont votre corps absorbera les nutriments. Les plats qui font danser vos papilles gustatives allument agni et animent l’intelligence innée de votre corps. L’ancien texte ayurvédique Sushrita Samhita affirme : « Celui dont les doshas sont équilibrés, dont l’appétit est bon, dont le corps, l’esprit et les sens sont remplis de bonheur stable, est une personne dite en bonne santé ». En suivant ces simples principes de la diète ayurvédique dans votre vie quotidienne, vous pouvez améliorer votre santé, augmenter votre bonheur et élever votre esprit.

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La connexion entre yoga et Ayurveda

Selon l’Ayurveda, nos composantes doshiques sont déterminées au moment de notre conception, mais les doshas sont comme tout dans la vie : ils sont fluides et affectés par les circonstances, les émotions et les saisons.

Lorsqu’il y a un déséquilibre dans un des 3 doshas, cela engendre du stress et ajuster notre alimentation et notre pratique de yoga peut être intéressant. Quelles que soient les étapes que nous choisissons, nos efforts vers l’équilibre représentent plus un processus évolutif qu’un objectif statique, qui provoque des changements bons pour nous en fonction des fluctuations doshiques en nous et dans notre environnement.

Penchons-nous maintenant plus précisément sur le lien entre yoga et doshas… Les connexions entre les doshas, couplées à des connaissances en physiologie et psychologie, nous apprennent à envisager notre pratique de yoga d’une manière spécifique. Les tendances doshiques sont différentes pour chaque individu. Donc, chacun va chercher à atteindre son équilibre doshique d’une façon différente.

Comment un professeur ou un pratiquant de yoga peut-il adapter ses pratiques de yoga en fonction des doshas ? Voici quelques exemples… À New York, Sarah Tomlinson et Gandharva Sauls explorent le lien entre Ayurveda et yoga. Ils ont fondé l’Institut Ayurveda-Yoga et basent leur enseignement sur le travail du mentor de Sauls, Edward Tarabilda, qui a écrit le livre Ayurveda Revolutionized: Integrating Ancient And Modern Ayurveda. Edward Tarabilda, décédé en 1999, a développé un système ayurvédique appelé « l’Astrologie des 8 domaines de la vie », qui classifie les doshas et détermine les planètes qui dirigent les différentes régions de notre vie (la carrière, la santé, le chemin spirituel, la créativité, les relations,…). Comme dans l’astrologie traditionnelle, Sauls crée un plan avec la date, l’heure et le lieu de naissance et présente ses résultats durant une consultation privée. L’étape suivante est de proposer au pratiquant une séance de yoga et une alimentation personnalisées.

Ainsi, une même posture devra être pratiquée différemment selon le dosha dominant. Par exemple, il sera conseillé à un pratiquant vata voulant pratiquer dhanurâsana (l’arc) de répéter quelques fois le mouvement avec fluidité, dans une perspective de détente. Par contre, une personne kapha pourra pratiquer la posture en statique durant quelques respirations voire plus, afin de stimuler son énergie. Une personne avec un déséquilibre de vata qui pratiquerait cette posture de la sorte pourrait être prise de vertige.

La plupart des pratiquants de yoga suivent des cours collectifs, mais s’ils ont quelques connaissances ayurvédiques, ils peuvent adapter les postures à leurs besoins personnels à travers une intention et une attitude particulières. Selon Frawley, un enseignant de l’Institut Ayurveda-Yoga, « si tout le monde pratiquait les âsanas de la même manière, ce serait comme si chacun prenait le même médicament (…) Les personnes vata devraient pratiquer lentement et posément, les pratiquants kapha ont besoin de se fixer des défis et les pitta ont besoin de se relaxer et d’éviter la surchauffe ». Il poursuit : « Ce que vous faites dans votre pratique de yoga est essentiellement une préparation au travail que vous effectuez sur votre force vitale. Selon les principes de l’Ayurveda, la connexion entre notre état d’esprit et notre posture physique est l’ultime expression de notre énergie psychologique ».

Les professeurs de yoga peuvent adapter d’autres manières leurs cours de yoga. Ainsi, Patricia Hansen, enseignante depuis 35 ans et étudiant l’Ayurveda depuis 1983, ne donne pas des cours spécifiquement adaptés aux doshas, mais elle intègre ses connaissances dans sa façon d’enseigner. « Je regarde la façon dont les élèves tiennent leur corps, tout comme celle dont ils approchent les âsanas. » Comme certains enseignants proposent des ajustements saisonniers en enseignant différemment en été et en hiver, les cours peuvent adopter une couleur doshique et requérir un traitement différent. «  Parfois, je vais marcher dans la pièce et trouver que tout le monde est très animé ; les pratiquants grimpent presque aux murs », explique Patricia Hansen. « Cela pourrait être une agitation pitta ou vata (…) Je peux alors chanter ou proposer un travail sur les mudrâ ».

Cependant, de nombreux professeurs de yoga seront d’accord avec l’idée qu’une pratique de yoga complète est tri-doshique par nature et peut convenir à toute constitution ou tout déséquilibre. « Si vous intégrez des flexions, des extensions, des torsions, des postures d’équilibre, du prânâyâma, du chant, ainsi que des inversions, c’est la clé », dit Patricia Hansen. « Toutefois, le réel point culminant du cours devrait être shavâsana. C’est là que la réelle intégration doshique a lieu. L’essence de chaque pratique réside également dans l’attitude de l’élève ».

Séverine Radoux

 

Bibliographie

Tous les articles sont issus du site du Yoga Journal :

Niika Quistgard, “Earth, Wind, and Fire” [en ligne]

http://www.yogajournal.com/article/ayurveda/earth-wind-fire/

(Consulté le 12 janvier 2015)

 

YJ Editor, “Quiz: What’s Your Dosha” [en ligne]

http://www.yogajournal.com/article/ayurveda/whats-dosha/

(Consulté le 12 janvier 2015)

 

Stacie Stukin, “How to Tailor Yoga for Your Dosha” [en ligne]

http://www.yogajournal.com/article/health/the-dosha-balancing-diet/

(Consulté le 12 janvier 2015)

 

Jennifer Barrett, “Know Your Stress Type + How to Balance” [en ligne]

http://www.yogajournal.com/article/ayurveda/know-stress-type/

(Consulté le 12 janvier 2015)

[1] Cet article est une synthèse et une traduction personnelle de plusieurs articles anglophones dont les sources se trouvent à la fin.

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